L’importance des KPIs ESG pour les financeurs

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DEBRIEF MASTERCLASS 20/09/2022

Au moment où le financement se raréfie et où le cadre légal se durcit, nous nous sommes penchés sur la question de l’impact de la RSE sur l’accès au financement. Pourquoi le sujet ESG devient une urgence pour les entreprises ? Comment les investisseurs intègrent ces problématiques ? Quels KPIs privilégier pour initier une stratégie RSE efficace et qui impacte l’equity story ?

Debrief de nos échanges à la Galion House avec 3 experts de la question : Catherine Saire, Partner sustainability Deloitte, commissaire aux comptes et membre de la TCFD (Task force on climate-related financiel disclosures) ;  Ori Pekelman, Chief Strategy Officer de Platform.sh qui a témoigné de l’importance des KPIs ESG dans la levée de 140M$ réalisée en mai par l’entreprise ; et Alexandre Bellity, co-fondateur de Cleany, qui a fait évoluer son modèle économique en y intégrant une forte dimension d’impact, et qui, avec ses 300 salariés, est impacté par les évolutions du cadre légal européen. 

I – Une accélération des exigences RSE 

Les normes légales se renforcent souligne Catherine Saire

  • Il n’y a pas de normes mondiales même s’il y a une ambition de structuration internationale des normes ESG par l’International Sustainability Standards Board, la question des normes étant un enjeu important sur ce sujet en pleine structuration.
  • Aux US, l’accent est mis sur le climat : la SEC travaille actuellement à un projet de loi sur le climat pour les groupes cotés.
  • L’Europe présente les normes les plus élevées, à un horizon très court : L’Europe a la volonté de structurer un set légal complet, qui inclue autant l’environnement que le social.
  • Concernant les réglementations européennes concernant la transition climatique, L’Union européenne visl la neutralité carbone en 2050. Pour ce faire, elle a établi une taxonomie, un règlement qui classifie les activités économiques ayant un impact favorable sur l’environnement, afin de flécher les investissements vers les activités durables.  
  • D’ici 2024, toutes les entreprises de plus de 250 salariés devront publier un rapport à destination des investisseurs, pour les convaincre de la durabilité de leur activité en communiquant sur leur chiffre d’affaires vert (toutes les activités de l’entreprise qui contribuent à la transition vers une économie verte). Les groupes cotés sont déjà soumis à la taxonomie verte, « un modèle imparfait mais qui permet de réconcilier enfin le monde de la finance et celui de la durabilité » selon Catherine, qui récuse d’ailleurs le terme « extra-financier » : « c’est un non sens de considérer que les enjeux humains et environnementaux ne sont pas des enjeux financiers. »
  • Certains secteurs sont plus exposés que d’autres
    • Energie, mobilité, construction sont davantage impactés
    • Il y a moins de pression dans des secteurs comme la santé, la pharmacie, mais cela bouge très vite.
  • L’Europe a pour ambition de développer des standards sectoriels, mais à l’horizon 2025-2026.

Une demande croissante de RSE de la part des parties prenantes de l’entreprise :

  • Clients : Les grands comptes évoluent à toute allure sur ces sujets car ils sont obligés de maîtriser l’ensemble de chaîne de valeur : c’est ainsi que Cleany, qui n’arrivait pas à signer avec Accor, est devenu prestataire du groupe hôtelier quand celui-ci s’est engagé dans une stratégie RSE radicale. Selon Ori, « ce serait suicidaire de ne pas s’engager dans un process RSE, car dans 3 ans, une entreprise qui n’a pas fait cette démarche n’aura pas de marché. »
  • Talents : C’est un vecteur d’attractivité de plus en plus fort.

II – La RSE, facilitatrice de financement 

Les investisseurs vont devoir intégrer des KPIs RSE dans leur bilan de clôture 2022

« le prisme financier des investisseurs, c’est le risque climatique » insiste Catherine.

  • Les fondateurs et fondatrices doivent démontrer la capacité de résilience et d’adaptation de leur entreprise à un environnement qui évolue, garantir que son business model sera encore viable dans 3, 10 ou 15 ans, en prenant en compte les risques climatiques (contraintes légales qui limitent la licence to operate, risques physiques qui affectent les sites de production, etc).
  • A ce sujet : voir le corps de recommandations de la TCFD (Task force on climate-related financiel disclosures) 

La RSE sera la condition d’accès aux financement publics : tous les fonds européens et français seront désormais ciblés uniquement sur les projets à impact, ou a minima avec une forte dimension d’impact.

III – Comment mettre en place une stratégie de KPIs RSE ?

Quand commencer ? 

  • Le plus tôt possible, conseillent Ori et Alexandre. « Le coût en temps et en argent est nul quand on démarre » insiste Ori, et c’est beaucoup plus facile à mettre en place que quand on a déjà plusieurs dizaines ou centaines de salariés.
  • Commencer tôt permet aussi de faire de l’impact un élément structurant de l’entreprise et de l’affirmer comme un positionnement fort. 
  • Enfin, initier tôt une stratégie RSE avec des KPIs permet de mesurer sa trajectoire.

Par quoi commencer ? 

  • Le mot clé est le pragmatisme : définir l’enjeu clé pour son entreprise et y répondre, qu’il s’agisse d’impact social, environnemental ou de gouvernance.
  • L’amorce du process RSE est le plus facile, il y a des quick win (voir à ce sujet le Galion Impact Solutions). C’est ensuite que cela se complique. 

Quelle organisation ?

  • Ce sont les fondateurs qui doivent porter la thématique pour que la RSE soit un sujet stratégique et maintenir l’engagement : l’obligation réglementaire ne suffit pas.
  • Sur le plan opérationnel, Cleany comme Platform.sh ont des équipes dédiées en interne, avec parfois des consultants externes pour des missions de 3 à 6 mois pour cranter des sujets spécifiques.
  • En termes de rattachement, « depuis 6 mois ou 1 an », note Catherine Saire, « on est passé d’une organisation où la RSE était rattachée à la communication, à la RH ou à une fondation, à un rattachement à la direction de la stratégie ou à la direction financière : c’est devenu une démarche stratégique. »
  • En termes de profil : recruter des personnes seniors, qui puissent être au CODIR et soient en mesure de produire une data vérifiée est un investissement qui vaut la peine. 

Comment procéder ?

  • De la data, de la data, et encore de la data. Elle est essentielle pour éviter le soupçon de green-washing, donner des éléments de preuve et démontrer une trajectoire de progrès. D’où l’importance de recruter des personnes capables de sortir rapidement les bonnes data à vos investisseurs. 
  • Les labels sont une aide précieuse. Mais c’est là que les choses se complexifient : s’ils sont un vrai outil de structuration, ce sont aussi des questionnaires généralistes, pas toujours adaptés à l’activité spécifique de l’entreprise. BCorp remporte les suffrages, car il devient la norme à l’international, mais c’est un gros travail et le label est victime de son succès : il y a plusieurs mois d’attente avant de pouvoir commencer le process. 
  • Créer ses propres KPIs sectoriels. C’est ce que préconisent Ori et Alexandre pour un pilotage pertinent, voire pour devenir pionnier en créant le standard RSE de son secteur. La recommandation ne s’applique pas aux sujets généralistes comme l’empreinte carbone, pour lesquels il y a de nombreux outils.
  • Itérer et engager : Cela suppose beaucoup d’itération et de co-construction, en interne et avec des associations spécialistes des sujets. Une démarche intéressante aussi pour engager les équipes.
  • En termes d’outils cependant, on constate un vrai manque. Les entrepreneurs font leur suivi RSE… sous excel, faute d’outils pertinents et adaptés.  

« Measure, optimize, deploy, educate », voilà comment Ori résume le process !

Au final le constat est unanime : le process RSE permet aussi d’identifier toutes les poches de pertes d’argent et de productivité de l’entreprise, et ainsi de renforcer sa performance.

Pour aller plus loin : voir le Galion Impact solutions, qui propose une quarantaine d’actions pour améliorer l’impact de son entreprise.