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Débrief #52 : Le process de certification BCorp

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Créer de l’impact avec sa start-up aura été l’un des thèmes importants du Galion pour 2019, avec la sortie du Galion Impact Solutions et 2 dîners sur la certification B Corp.

BCorp est octroyée aux sociétés commerciales répondant à des exigences sociétales et environnementales, de gouvernance ainsi que de transparence envers le public. Elle est accordée par B Lab, association loi 1901 créée en 2006 par 3 entrepreneurs américains. Son objectif est de guider les entreprises, pour qu’elles équilibrent « people, profit and purpose », selon la triple bottom line de BCorp.

En janvier, nous avions défini toutes les caractéristiques de la certification.

On a tiré ce fil rouge en organisant un 2e dîner mi-décembre, cette fois-ci axé sur le process de certification, tel qu’il a été vécu par des membres du Galion, notamment Jean Moreau (Phenix), Jeremy Cledat (Welcome to the jungle), Nicolas Reboud (Shine) et Raphaël Vullierme (Luko).

POURQUOI SE LANCER ?

La cohérence : dans un contexte où l’impact économique, social et environnemental positif des entreprises prend de plus en plus d’importance, la certification permet de valider ses engagements en matière de RSE. Ce faisant, elle inscrit officiellement l’entreprise dans une démarche globale et cohérente.

La pérennité du projet : pour Jérémy, « c’est aussi une façon de garantir son projet d’entreprise, indépendamment de la présence des fondateurs et de l’évolution de l’actionnariat ».

La marque employeur : Chez Phénix, la demande est venue des équipes, pour qui la certification fait vraiment une différence en affichant les ambitions sociales et environnementales de l’entreprise. « C’est d’ailleurs un vrai levier d’attractivité en terme de marque employeur dans un marché des talents très tendu », souligne Jean. 

La formalisation à laquelle oblige la certification. Car pour l’obtenir, il ne suffit pas de faire les choses : il faut les avoir formalisées. Jean donne un exemple : « on avait passé le congé paternité à 6 semaines. Quand BCorp nous a audités, on l’a mis en contact avec l’employé pour qu’il témoigne, comme dans un process de due diligences. Mais ils considèrent la mesure comme nulle et non avenue si elle n’est pas inscrite dans le règlement intérieur ou la politique RH. Cela nous a obligé à tout documenter et formaliser, une bonne chose pour nous en définitive… »

Le business : BCorp crée une communauté et des contacts privilégiés entre ses membres. « Tout le monde joue le jeu », note Jean qui a pu concrétiser des deals via ce canal, « la certification BCorp est clairement un argument pour départager 2 offres. »

L’image puisque la note est publique, mais c’est un choix que tous ne font pas : certains ne l’affichent pas du tout, désireux de rester « low profile » sur le sujet. En tous cas BCorp a une image de plus en plus forte et internationale, qui commence à faire référence.

LE PROCESS ?

Une démarche en 2 temps

Il y a d’abord un questionnaire à remplir sur le BIA (Business Impact assessment), outil gratuit et en ligne, avec plus de 200 questions. Puis 2 audits de 3h, pendant lequel on doit fournir des documents pour confirmer les déclarations. Il faut obtenir 80 points minimum pour être labellisé BCorp, puis améliorer cette note tous les 2 ans, le label étant réévalué à cette fréquence.

Concernant le process, les témoignages sont unanimes : « c’est long et chiant ! » 

Ce qui est prend beaucoup de temps : formaliser les pratiques, mais aussi rassembler toutes les pièces justificatives. Un véritable travail de fourmi, qui peut prendre des mois. Ainsi, Jean a commencé le process en juin 2018 et a été labellisé en janvier 2019. 

Par ailleurs, cela implique aussi de documenter des sujets qui ne sont pas des pratiques courantes, par exemple une démarche pour… les lanceurs d’alerte ! Pas une priorité, donc… Un avantage cependant : cela oblige à se poser des questions qu’on n’aurait pas traitées autrement, et donc à anticiper les problèmes.

Enfin, il y a parfois des critères qui sont en contradiction avec l’environnement légal du pays. Par exemple la question de l’ethnicité, qui est une évidence aux US, mais une interdiction en France. On peut cependant espérer que le label évolue bientôt sur ces questions, pour s’adapter aux normes de chaque pays.

Quelle organisation ?

Sur ce point, les avis divergent : Jean chez Phenix a confié la certification à une employée historique (moteur et en lead sur le sujet) à mi-temps pendant 5 mois sur la mission, alors que chez Shine ou Welcome to the jungle, la prise en charge du dossier a été répartie entre les collaborateurs, sur la base du volontariat chez Welcome. Pour Nicolas (Shine), c’était « un projet de la roadmap stratégique et donc on a mis en place une organisation en conséquence, comme pour tous nos projets stratégiques. »

Quand se lancer ?

Il faut 12 mois d’existence pour prétendre au label, mais il n’y a pas de nombre minimal de salariés.

Plus vous le faites tôt, plus c’est facile car la boîte reste simple dans son organisation, et peut grandir en intégrant d’emblée les critères BCorp dans les process au fur et à mesure qu’elle les met en place. On gagne donc du temps pour l’avenir, mais c’est un moment où il est compliqué pour un entrepreneur de faire de ces sujets une priorité.

Il est plus facile de se dégager du temps pour traiter ces questions une fois que l’entreprise a un développement stable, mais elle a alors atteint une taille qui va rendre le process long et complexe. 

Comment le faire vivre ensuite ?

Certains préfèrent que cela relève de la responsabilité d’un responsable RSE, qui sera le référent technique et sera le garant du label dans la durée, sans que les départs de collaborateurs puissent le fragiliser ; pour d’autres, le responsable RSE, en concentrant trop la responsabilité, empêche une appropriation du sujet par l’ensemble des équipes.

Et les investisseurs ?

Ils connaissent apparemment assez mal le dispositif, mais peuvent avoir une certaine appréhension sur le fait que ça « défocus » l’entrepreneur de son business. Ils reconnaissent néanmoins la puissance du label en matière de branding, notamment quand on en vient à attaquer le marché US, où le label est plus mature.

LES TIPS

• Viser un score de 80 pour la première certification : dans la mesure où il faut démontrer tous les 2 ans que l’entreprise a amélioré son score sur le BIA, il faut programmer le process sur le long terme. Garder des actions et des points en réserve est essentiel pour être sûr d’augmenter son score au prochain audit… et de conserver la certification.

• Trouver des exemples sur le site BIA : il est très documenté et donne accès à de nombreux documents tout faits, faciles à reprendre pour copie ou inspiration…

• Considérer le process comme une boussole : la démarche étant longue et contraignante, certains préfèrent s’en inspirer comme d’un guide, pour avoir des idées d’actions, sans pour autant ressentir la nécessité d’aller jusqu’à la certification effective.

Par :
  • Laurence LUCAS

    The Galion Project

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