Équipe et organisation

Débrief #45 : la certification B Corp

Créer de l'impact avec sa start-up sera l’un des deux grands thèmes du Galion en 2019. L'objectif est de fournir aux entrepreneurs du Galion une cartographie des outils disponibles. Le premier dîner sur le sujet avait lieu mi-Janvier chez Everoad pour parler de la certification B Corp et des autres dispositifs existants.

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Nous avions la chance d’avoir 3 intervenants pour apporter un regard éclairé sur ce sujet : Helle Liautaud, directrice de B Corp France, en charge du développement de la structure française pour le compte de B Lab. Sa mission est d’évangéliser sur les B Corp et non de certifier.

Jean Moreau, co-fondateur de Phenix, start-up qui valorise les invendus (fait le lien entre les enseignes et les associations ou particuliers en prenant un success fee sur les transactions). L’objectif est de détourner et rentabiliser des flux qui allaient aux déchets. Phenix est à la fin du processus de certification B-Corp. La start-up est également labellisée par d’autres organismes comme French Impact et possède l’agrément ESUS.

Arnaud Ventura, co-fondateur du groupe Baobab (ex Microcred), 4000 salariés répartis dans 12 pays, spécialisé dans le microcrédit et le financement des entrepreneurs en Asie et en Afrique.

B Corp c’est quoi ?

B Corp est une certification octroyée aux sociétés commerciales répondant à des exigences sociétales et environnementales, de gouvernance ainsi que de transparence envers le public. Elle est accordée par B Lab, association loi 1901 créée en 2006 par 3 entrepreneurs américains.

Il existe à ce jour 2 600 entreprises B Corp dans le monde (dont 50% hors des US, 500 en Europe) dans 150 industries et réparties dans 60 pays. 70 sociétés françaises sont labellisées (la certification manque encore de notoriété). Le mouvement B Corp est donc mondial et tourné vers les sociétés commerciales pour équilibrer profit and purpose et penser l’entreprise autrement. Son objectif est de fournir une boussole pour guider les entreprises et les aligner avec la triple bottom line (Profit / People / Planet) afin de constituer un levier pour résoudre les problèmes systémiques du monde.

Son business model repose sur deux piliers : les dons des ONG et la certification payante, fonction du chiffre d’affaires.

Ca marche comment ?

La certification repose sur 2 branches

  • La Benefit Corporation : forme de société commerciale aux US (à oublier en France pour l’instant).
  • Le BIA (Business Impact Assessment) : outil gratuit et en ligne, ouvert à toute entreprise en France. C’est une somme de questions et de critères auxquels l’entreprise doit répondre (275 questions dans le cas de Phenix). Il faut un total de 80 points sur 200 pour prétendre au label B Corp. Les questions portent sur 5 thématiques :
    • Gouvernance
    • Salariés
    • Relation client
    • Impact environnemental
    • Relation commerciale

A noter : en France on coche vite un certain nombre de cases vu le contexte légal en matière de droit social, la note de 80 n’est donc pas difficile à atteindre.

  • Dans un second temps il y a un audit : 3 sessions de 2h par call, avec demande de documents sur 50 questions pour vérifier le déclaratif, fait en 2 temps par 2 personnes différentes. Le CEO doit être présent pour une des sessions. Le process est sérieux et prend du temps notamment pour récolter les réponses précises aux questions de type : Combien de bac +3 ont eu une augmentation cette année ? A titre d’exemple, Arnaud a 2 personnes à 1/3 temps sur le sujet.
  • La certification est valable 2 ans. Tu es obligé d’améliorer la note du BIA à chaque nouvel audit sinon tu perds l’agrément. La note du BIA est publique pour chaque entreprise certifiée sur le site de B Corp.
  • A partir de quand peut-on être certifié ?

Il faut 12 mois d’existence pour pouvoir demander la certification. Une société comptant un salarié peut faire les démarches. Pour les entreprises de moins de 12 mois, il existe un autre label, le « Pending B-Corp ».

Les autres certifications

Nous n’avons pas abordé toutes les certifications, ça sera l’objet de l’outil que nous sortirons dans l’année. Petit aperçu des 3 que nous avons passées en revue :

  • L’agrément ESUS (Entreprise solidaire d’Utilité sociale), délivré par la Direccte pour 5 ans :
    • Permet de bénéficier d’aides et de financements spécifiques.
    • Il faut remplir 3 critères sur 4 : l’objectif d’utilité sociale doit être dans les statuts, l’échelle de salaire doit être de 1 à 7 (les fondateurs ne peuvent pas gagner plus de 7 fois le salaire minimum dans la boîte), la moitié du résultat net doit être réinvesti dans la boîte, il faut s’engager à un minimum d’insertion (handicapés, ex-détenus…).
    • Au final ESUS est perçu comme compliqué et sans process ni vérification.
  • Le label French Impact : est un financement public non dilutif. Jean Moreau a par exemple bénéficié de 500K de French Impact (250K BPI France + 250K Caisse des Dépôts). French Impact a labellisé 22 pionniers emblématiques de ce que peut faire l’économie sociale et solidaire (ESS). Par ailleurs, le label offre de la visibilité média et de la crédibilité puisque un ministre ou secrétaire d’Etat est parrain de la société.

Quels sont les avantages à être B Corp ?

  • Pour Arnaud Ventura, in fine l’actionnaire se porte mieux si l’entreprise est responsable.
  • Une communauté de gens va ensemble dans la même direction, le système évolue avec la communauté d’année en année, les standards sont revenus collaborativement et se nourrissent des retours des membres par itération.
  • C’est un référentiel mondial, qui a une résonance importante sur les marchés.
  • La certification apporte de la crédibilité.
  • Les sociétés labellisées crée une communauté de partenaires B Corp qui travaillent ensemble ou font du business.
  • Cela permet de formaliser la politique RSE de l’entreprise et de compiler un best-of des bonnes pratiques. En communication interne, cela matérialise les engagements pris à l’oral.
  • C’est également une façon de marquer son héritage si on quitte l’entreprise et cela permet de conserver la vision des fondateurs en cas de rachat.
  • Face à l’interrogation d’une norme encore une fois américaine, la réponse est que :
    1/ la gouvernance du B Lab est désormais mondiale.
    2/ le mouvement B Corp a été initié pour se rapprocher d’un « capitalisme européen » perçu comme plus éthique.

Au final, le label B Corp est perçu par Jean et Arnaud comme un outil d’avenir, pour sa dimension intrinsèquement internationale et pour la formalisation de la politique RSE de l’entreprise qu’il permet.

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