Gouvernance

Débrief #35 : LA RéSILIENCE de l'entrepreneur

Publié le

Y avait-il un meilleur endroit au monde pour aborder le thème de la résilience ? Un pays qui a vu naître et grandir un des plus grands hommes du 21ème siècle : Nelson Mandela.

C’est face à Robben Island : prison dans laquelle Nelson Mandela a passé 18 ans de 27années de détention que nous avons échangé autour de la résilience.

Comme d’habitude quand c’est à moi de m’attaquer au débrief cela prend un peu de temps. Il est toujours difficile de résumer une discussion sur un thème aussi fort, très intime, presque philosophique. Ce que j’aime faire c’est résumer en quelques lignes ce que moi j’en retenu. C’est donc forcément subjectif et je n’aurai de cesse de vous convaincre de venir partager avec nous ces discussions tellement elles sont riches, puissantes et intenses. On démarre avec une définition que nous avons redéfinie pour nos entrepreneurs. 😉


Qu’est ce que la résilience ?

La résilience désigne la résistance d’un matériau aux chocs ; (le « fait de rebondir », du latin resilientia, de resiliens) : la capacité d’un corps, d’un organisme, d’une espèce, d’un système à surmonter une altération de son environnement.

La résilience serait le résultat de multiples processus qui viennent interrompre des trajectoires négatives et contrer la vulnérabilité psychologique liée à l’histoire traumatique de l’individu.

La résilience est dynamique, c’est un processus qui passe par 8 étapes :

1. La défense-protection ;

2. L’équilibre face aux tensions ;

3. L’engagement-défi ;

4. La relance ;

5. L’évaluation ;

6. La signification-évaluation ;

7. La positivité de soi ;

8. La création.

Guillaume nous l’a expliqué plus en détail. Si on transpose le terme à un individu : la résilience c’est la suite d’un événement de stress et la réaction neurophysiologique qui en suit.

Il y a 2 défenses face à une situation de stress :

1. Fight or flight : le corps secrète des cortisols, le sang circule dans les membres inférieurs d’où cette sensation d’accélération du rythme cardiaque, de montée en température, etc.. Le corps se prépare à l’affrontement : soit pour se battre soit pour prendre la fuite.

2. Burn out : l’état plus grave après un stress intense, voir aigü qui induit un traumatisme ou un état post traumatique. Le corps n’est pas près à faire face aux chocs. Le cerveau opère « un freeze » complet de la cognition. Ce qui conduit à un état de burn- out : le cerveau refuse les événements en bloc, arrête de penser et là c’est l’état de choc de la personne. A la suite de ce stress aigü, il peut y avoir un stress chronique qui s’installe. Le moment n’est pas totalement évacué. Soit on redescend à 0 et on reprend son état normal soit on garde cet état de stress chronique. Ainsi, le taux de cortisol reste assez élevé, ce qui est très mauvais car il empêche la neuro genèse, il ralentit le fonctionnement cognitif et il a un impact très mauvais sur les organes notamment le foie et différentes organes.

Il y a des pics de stress très différents :

Des pics de stress que l’on sait gérer et avec lesquels on peut faire face avec froideur.

Du stress qui s’est transformé en forme chronique qui se traduit en anxiété continue et que l’on n’arrive pas vraiment à évacuer. Celui-ci demande un vrai travail.

La résilience c’est finalement cette capacité à prendre conscience du traumatisme plus au moins fort et à mettre en place le processus décrit plus haut en 8 étapes pour rebondir et redémarrer.

En effet, un stress chronique doit faire l’objet d’un travail pour en prendre conscience, l’accepter et trouver le moyen de l’évacuer.

“Le choc en question est très objectif – certains vont le juger gros ou pas. C’est là où il faut se connaître et revenir à soi. Ce n’est d’ailleurs pas nécessairement un échec ou un choc, cela peut être une situation vécue difficile par un individu même si elle s’est bien finie. ” Guillaume Victor Thomas


Qu’est ce que la résilience pour un(e) entrepreneur(e) ?

Nous avons passé un peu de temps à définir ensemble la résilience en pour un entrepreneur.

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Pour nous, elle peut se vivre de 2 manières :

1. Au day to day : finalement en tant qu’entrepreneur(e) on prend des chocs tous les jours tout le temps. La résilience est un processus quotidien car le stress continu est géré tout au long du marathon.

2. Suite à un énorme choc ou un échec : ici c’est plus comment rebondir après un énorme échec, problème géré (eg. dépôt de bilan, arrêt de serveurs, licenciement de masse salariale, maladie, etc..).

Nous avons partagé notre vision les uns après les autres. Ci-dessous ce que j’ai retenu.


Se préparer aux chocs

Faire la rétrospective suite à un incident pour être mieux préparé après. Il faut accepter en tant que CEO que s’il y a eu un problème c’est de ta faute. C’est un exercice qui aide et favorise la résilience puisqu’il faut sans cesse évaluer les problèmes pour mieux les résoudre et ne pas recommencer. C’est donc très important de débriefer avec ses équipes après chaque erreur, échec en enlevant la culpabilité sur le collaborateur qui a fait « la faute ». Cela permet d’améliorer le système mis en place.

Sébastien qui a vécu plusieurs gestions de crise dont 2 majeures, a appréhendé avec plus de sérénité la 2ème puisqu’il connaissait le processus et était donc mieux préparé.

“Lors de ma 2ème grosse crise j’allais jusqu’à faire des pompes dans la salle d’a côté pour garder une bonne dynamique . ” Sébastien Lucas

Tip :

L’objet magique.

On donne un objet magique a celui qui a fait la boulette. L’objet magique te protège, permet de matérialiser la faute, de la sortir de l’individu pour ne pas le juger lui ou elle. Chez Evaneos : c’est un canard. Les gens posent des questions ; qu’est ce que s’est passé, tu as fait quoi ? L’objet magique agit comme un bouclier. Double thérapie car la personne joue le rôle et a vu d’autres jouer le rôle. C’est une thérapie théâtralisée : ensuite on repose l’objet, on passe à autre chose. Il reste là tout de même pour nous rappeler l’erreur commise et ne pas la répéter.

Transformer les erreurs en énergies positives

Dans la “méthode lean” l’échec est vécu comme une énergie positive qui te permet d’apprendre et de devenir plus résilient. L’échec t’aide à t’améliorer toi et surtout le système mis en place. Cela peut paraître éloigné de la résilience mais en réalité c’est ce qui aide certains CEO autour de la table à tenir la distance.

Grâce à cette façon de penser ils ont réussi à gérer la croissance de leurs entreprises non pas comme une somme de problèmes à résoudre tous les jours mais plutôt comme un système à améliorer. Transformer le négatif en positif aide a traverser les épreuves.

“La perspective d’aborder les échecs comme quelque chose de positif , comme une opportunité d’améliorer ma boîte m’a permis de rester ultra-motivé pour la suite.  C’est une vision de l’entreprise plus stimulante intellectuellement qui  me rend plus résilient. ” Benoit Charles-Lavauzelle

On arrête de chercher le coupable, lorsqu’il y a un problème, que c’est Tchernobyl dans la boite : au lieu de se torturer Benoit prend cela comme une chance. Tenter de résoudre le problème avec ses collaborateurs pour ne pas le répéter améliore l’entreprise. C’est là que l’on passe dans le positif. 

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La gestion des problèmes fait partie du job de ceo

Pour Bertrand, c’est le job du CEO de gérer les problèmes, régler les conflits.

“Une fois que j’avais intégré que mon rôle est de gérer une somme de problèmes, je l’ai accepté et je ne l’ai plus vu comme une contrainte.”  

Quand un truc t’emmerde il vaut mieux attendre 24h.

Il faut éviter de réagir à chaud. Cela paraît évident mais c’est très dur dans la pratique : on a tendance à vouloir évacuer le problème tout de suite. Prendre du recul sur une situation ne peut-être que bénéfique et permet de résoudre la situation  avec davantage de clairvoyance.

Etre plusieurs renforce la résilience

La relation co-fondateurs sur le “long-run” est indispensable.   On peut s’appuyer sur ses co-fondateurs  :

1. Quand ça ne va pas l’autre peut prendre le relais pour laisser un temps de respiration à l’autre.

2. Quand c’est dur et qu’il faut aller chercher « l’extra mile » : tu le fais d’abord pour eux . Tu sens une responsabilité et un engagement vis a vis de tes co-fondateurs. Certes on le ressent aussi pour ses employés, ses clients mais c’est d’abord vis a vis de ton/tes co-fondateur(s). 

3. Et ! Tu échanges beaucoup dans les moments durs ce qui permet d’évacuer et de prendre du recul.

Dans les moments difficiles c’est notamment le comitment à mes co-fondateurs qui m’a fait tenir. Je me disais « Je ne peux pas les laisser tomber ». Didier Khun

Préserver son énergie

Yvan lui, ne considère pas être CEO pour résoudre des problèmes. Il a une approche systémique de sa boite pour que les problèmes soient résolus par ses collaborateurs. S’il y a un truc qui ne va pas, un problème qui remonte jusqu’à lui : là il doit se pencher dessus et aider à le résoudre mais en principe cela ne devrait pas arriver. Il travaille en priorité à préserver son énergie.

« Ce que j’apporte à mes équipes c’est mon énergie. Si je ne suis pas là demain tout va se résoudre. Ce qui va manquer c’est mon énergie. Je suis vraiment là pour ça. » Yvan Wibaux

Que faire pour préserver son énergie ?

C’est là où il faut apprendre à se connaître : chacun doit trouver ce qu’il lui fait du bien pour garder son énergie (sport, méditation, famille, ect). C’est forcément très personnel et égoïste.

L’énergie est la clé de voûte pour Benoit aussi. Idem quand il n’est pas dans la boite : il sent que l’énergie redescend. Il est vrai que si tu as une grande forme, de l’énergie : tu es prêt à tout affronter ! Il faut donc apprendre à être égoïste : penser à soi. Se faire passer avant les autres, s’écouter et savoir comment l’on fonctionne.

L’énergie est un capital précieux qui caractérise l’entrepreneur

Selon Pierre et sans faire de généralité les entrepreneurs ont souvent beaucoup d’énergie positive. 

“Le niveau d’énergie d’un entrepreneur a beau ne pas toujours être au top : cela reste une énergie positive intense. ” Pierre Kosciusko-Morizet

L’énergie est donc un capital précieux à préserver dont on a besoin pour encaisser ce qui arrive. C’est comme un vase communicant : il faut réussir à en prendre beaucoup et pour en donner beaucoup. Pour en prendre il faut faire de la place : s’il n’y a plus de place cela mène au burn-out et empêche l’entrepreneur d’être résilient.

Tips

– s’assurer de son niveau d’énergie en temps réel. Se lever le matin et se demander où j’en suis sur mon énergie et y faire attention. C’est à dire prévoir des moments de recharges si trop down.

– être vigilant sur « la météo » de tout le monde. Avant une réunion demander où son collaborateur en est sur sa météo de 0 à 10 ? On ne gère pas la personne de la même manière si elle a une météo de 3 ou de 7.

S’entourer d’entrepreneurs et de pairs qui vont normaliser le processus de stress

Eg. Comment gérer son board en situation de stress ?

Tout le monde a été d’accord pour dire que dans ce cas il faut prévenir le board et être transparent. Cela permet de ne pas avoir à gérer une « façade » lors du board. Partager ce moment de stress évite de rajouter justement une couche de stress.

D’autant que, le board est censé être là pour aider dans ce genre de moment. Il doit apporter des réponses.

Il est indispensable d’avoir dans son board ou entourage proche un ou des entrepreneur(e)s bienveillant(e)s qui vont pouvoir t’expliquer le processus, décrire presque step by step tous les stades par lesquels tu vas passer. Cela permet de rationaliser le stress et de déculpabiliser « tout le monde passe par là c’est normal. »

Dans ton board, c’est très rassurant d’avoir des entrepreneurs qui te disent « ne t’inquiète pas ça va être comme ça pendant un peu de temps, c’est une phase etc. ». Bertrand Diard

 La bienveillance des gens du board est hyper importante dans des moments de stress.

En résumé, La résilience est un état permanent chez l’entrepreneur.

Le stress continu et comment le gérer est un processus à intégrer dans son hygiène. 2 éléments sont clés :

1. La mise en place de méthodologie pour soi et pour son équipe.

2. Le bon maintien de son niveau d’énergie. C’est indispensable de bien se connaître et de savoir ce qu’il faut faire pour maintenir un haut niveau d’énergie.

Bien évidemment en live nous avons partagé beaucoup d’exemples, d’anecdotes et d’expériences. Un moment précieux pour moi et je pense pour les personnes présentes.

Hope you enjoyed the debrief !

Je vous kiss.

Bises

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Par :
  • Agathe WAUTIER

    The Galion project

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  • Équipe et organisation