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Débrief #25 : comment rebondir après l'exit ?

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La question : « Comment réussir son exit ? » avait été abordée en décembre 2016 pendant le Break à Prea. Pour ce nouveau dîner sur le sujet, nous avons choisi de traiter la thématique davantage en aval du processus avec une dimension psychologique forte.

Comment vivre son exit ? Comment affronter cette page blanche, ce vide qui suit l’euphorie de la vente et qui peut effrayer certains entrepreneurs ? Comment se relancer dans de nouveaux projets et être sûr(e) de prendre la bonne décision ? C’est dans les locaux de MakeMeReach, chez Pierre-François Chiron, que nous avons pu échanger sur ces sujets passionnants tout en dégustant un délicieux repas (encore merci PF !).

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il nous semblait pertinent de revenir aux fondamentaux du sujet et de définir ce qu’est un bon deal.

1. QU’EST-CE QU’UN BON DEAL ?

Il est difficile de répondre à cette question en généralisant : cela dépend du contexte et de la perception de chaque entrepreneur. Certains préfèrent éviter l’earn out pour ne pas se retrouver dans une situation de salarié au sein de leur propre entreprise.

Pour ceux qui choisissent de rester, l’avis général est de mettre en place un certain nombre de clauses permettant de garder une grande liberté d’action. Cela se concrétise par exemple par une clause de sortie immédiate pour les fondateurs en good leaver si certaines conditions ne sont pas respectées (décisions stratégiques contraires aux intérêts de l’entreprise, changement de direction du repreneur pendant l’earn out, intégration de l’IT, contraintes de développement commercial, voire déménagement !). Les Galions s’accordent également à dire qu’il faut établir des objectifs atteignables pour ne pas se retrouver dans une situation contre-productive.

2. COMMENT RÉAGIR QUAND ON FAIT UN EXIT ?

Faire un exit constitue une rupture pour l’entrepreneur car il faut se séparer d’un projet dans lequel il/elle s’est investi corps et âme pendant des années et quitter des équipes avec lesquelles les liens sont parfois très forts. Tous les Galions n’ont pas le même degré d’attachement avec leur entreprise mais devoir la quitter n’est pas chose aisée, en particulier lorsque l’équipe est petite. Il peut y avoir le sentiment d’abandonner ses salariés. En outre, l’entrepreneur se retrouve confronté à une schizophrénie quotidienne où il est en contact permanent avec les acquéreurs sans forcément que les équipes soient au courant de la vente en cours.

Cette dimension affective est importante. Elle se gère aussi en identifiant un successeur qui va pérenniser l’entreprise et les emplois ; et en choisissant un repreneur qui garantisse le développement de l’entreprise. Il faut par ailleurs mettre en place une stratégie d’effacement progressif et faire en sorte que l’entreprise tourne sans les fondateurs. Cela permet à l’entrepreneur de se détacher petit à petit de son « bébé », d’opérer une transition en douceur pour les équipes et de les responsabiliser progressivement.

3. COMMENT REBONDIR APRÈS L’EXIT ?

Certains Galions vendent leur entreprise en ayant déjà entamé un nouveau projet. Pour les autres, se séparer de leur entreprise sans savoir ce qui va suivre revient à résumer la situation par : « notre roadmap personnelle est cassée ». Il faut affronter la page blanche après avoir vécu des années d’adrénaline permanente et cela peut effrayer plus d’un entrepreneur.

Car pour beaucoup, la motivation n’est plus forcément la même après un premier exit. Si l’argent reste bien sûr un bénéfice, il peut devenir secondaire : le moteur d’un entrepreneur est d’abord, comme le dit Christian Jorge « de trouver une idée, d’embarquer les gens, de tripper et de galérer ensemble… ». Le driver pour un autre projet n’est donc plus forcément financier. Pour Guillaume Paoli ce serait « un projet porteur d’un sens social, une passion ou une opportunité  ».

Les recommandations des Galions sont de prendre le temps de se poser après l’exit. Prendre des vacances pour que l’euphorie de la vente se calme et réfléchir à ses aspirations profondes. Quel est mon modèle de réussite personnelle ? Quelle est ma quête de vie ? Ainsi, pendant son earn out, Carole Walter s’est efforcée durant un an de ne pas penser à son futur projet entrepreneurial : un exit se digère. 

Une bonne façon de mûrir son projet est, notamment pendant l’earn out où un sentiment de vide peut s’emparer de l’entrepreneur, de coacher des projets, en investissant dans des start-up early stage, pour rester connecté(e) à l’écosystème, se sentir utile et garder des sources d’inspiration.

Autre difficulté, vendre sa société est souvent perçu comme un accomplissement : l’achèvement d’un cycle qui permet à l’entrepreneur d’arriver au sommet de son projet. Il existe une forte injonction sociale à travailler et, pour l’entrepreneur, à recréer quelque chose d’encore plus grand : lever plus, croître plus vite, faire un exit encore plus important, voire faire une IPO. Cela peut être source d’une pression extérieure forte plus ou moins facile à gérer quand on ne sait pas où aller. Guillaume Victor-Thomas résume la situation avec sagesse : prendre du temps pour vivre de nouvelles expériences est positif car être entrepreneur est inscrit dans l’ADN d’un individu. Quelles que soient les activités réalisées, les mécanismes, les réflexes et les expertises d’un entrepreneur reviendront toujours par réapparaître naturellement. Après son exit, Guillaume a fait de la chute libre pendant 4 ans (soit 3500 sauts !) ce qui lui a permis de développer un business de photographies de sports extrêmes en parallèle pour ensuite se relancer dans une nouvelle aventure entrepreneuriale. En outre, il insiste sur le fait que vendre son entreprise tôt est une opportunité pour l’entrepreneur car l’innovation est exponentielle et les cycles s’accélèrent. Cela représente donc de nombreuses fenêtres de tirs pour se lancer sur différents marchés et tenter différentes expériences entrepreneuriales.  

LES GALION TIPS :

– Ne pas relancer un business dans un domaine que l’on maîtrise déjà

– Penser à souscrire une GSC pendant votre activité. C’est l’assurance de perte d’emploi des entrepreneurs qui peut être utile après un exit (attention à ne pas quitter l’entreprise en démissionnant sinon cela ne fonctionne pas)

– Quand on a un earn-out long, négocier un put chaque année qu’on peut exercer ou pas, même partiellement


Par :
  • Margot COURTY

    The Galion Project

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