Comment les start-up gèrent-elles la crise ?

par JB Rudelle, Il y a 2 mois

Cette étude a été réalisée début avril 2020 auprès de 144 start-up du think tank The Galion Project. 

Garder la tête froide

La crise que nous traversons remet en question toutes nos certitudes. Le contexte évolue à une allure folle, tous les jours. Ce qui était certain hier est obsolète aujourd’hui. Et nous n’avons qu’une vision très partielle de ce que sera la reprise, et encore plus le monde de demain.

Face à ces incertitudes, les seules réponses sont l'agilité et la solidarité.

Le partage et l’entraide sont les valeurs du Galion depuis sa création il y a 5 ans. Cette communauté d’entrepreneurs a aujourd’hui plus de sens que jamais : partager les expériences, éclairer les décisions, agir ensemble est la seule voie possible pour garder la tête froide, s’adapter et agir vite.

Être membre du Galion, c’est avoir un coup d’avance grâce à cette communauté d’entrepreneurs dirigeants. Aujourd’hui c’est plus que jamais s’engager à soutenir un écosystème dont certains secteurs font face à d’immenses difficultés.

Nous sommes heureux de proposer une série de contenus pour accompagner l’ensemble des entrepreneurs de la Tech à travers cette crise.

Un mois après le début du confinement, l’article de JB Rudelle qui introduit cette série revient sur les mesures prises par les entrepreneurs pour répondre à la crise. Comme souvent, la résilience et l’optimisme des entrepreneurs se confirment : plus de la moitié anticipe notamment une évolution des usages favorable à la Tech.

À nous maintenant de transformer cette crise en opportunité.

Agathe Wautier, co-fondatrice et CEO de The Galion Project

L’impact immédiat : un gros coup de frein sur la croissance

Pour l’année 2020, les prévisions de croissance du chiffre d’affaires des Galions interrogés par rapport à 2019 étaient de +100% en moyenne et de +85% en médiane. Quelle meilleure illustration que le Galion est bien le think tank des entrepreneurs en hyper-croissance !

C’était avant la crise sanitaire.

Confronté à l’arrêt brutal de l’économie, chaque Galion a été contraint de revoir drastiquement ses chiffres. Début avril, les prévisions de croissance de chiffre d’affaires sont désormais retombées à +50% en moyenne et à +25% en médiane.

Cela reste des chiffres tout à fait honorables et on pourrait se dire que les Galions encaissent plutôt bien le choc. Cependant, cela cache de très fortes disparités. Deux groupes souffrent particulièrement :

15% des Galions prévoient une baisse du chiffre d’affaires qui peut aller jusqu’à moins 60% pour les plus touchés. De manière prévisible, on trouve dans ce groupe les secteurs les plus affectés par le confinement comme le transport, le tourisme et la restauration.

15% des Galions prévoient maintenant une croissance quasi nulle de leur chiffre d’affaires en 2020. On retrouve les secteurs très impactés par le confinement et d’autres qui sont atteints par un effet domino comme l’automobile, le bâtiment et la finance.

Sur la tendance générale, 87% des sondés prévoient une baisse plus ou moins forte de leur chiffre d’affaires. On peut donc parler d’un coup de frein massif sur l’écosystème technologique.

Il y a néanmoins 10% des sondés qui pensent que l’impact sera non significatif et n’ont pas révisé leurs perspectives de croissance sur l’année. Enfin, il y a un tout petit groupe de 3% de Galions pour qui le confinement a été un gros accélérateur et qui du coup, ont fortement revu à la hausse leurs prévisions de croissance sur 2020. On trouve ici principalement les secteurs de la santé, des médias et de l’éducation. Ces gagnants sont quasi exclusivement des start-up en Series A qui ont été bien financées l’année dernière et sont en phase d’hyper-croissance.

Préserver son cash à tout prix

Lorsque qu’on s’attend à une longue traversée du désert, bien piloter ses réserves de trésorerie devient crucial. Presque 20% des sondés sont dans une situation assez critique : au rythme actuel, ils ont moins de 6 mois de trésorerie devant eux. Un autre tiers des Galions dispose de moins de 12 mois de trésorerie ce qui, compte tenu de la faible visibilité sur la sortie de crise, n’est pas très confortable. Les start-up en situation de fragilité financière couvrent tout le spectre en termes de nombre d’employés et de secteurs. Autrement dit, la crise touche aussi bien les gros que les petits.

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Concernant les mesures pour préserver sa trésorerie à court terme, 70% des Galions ont déjà mis ou sont en train de mettre en place des mesures de chômage partiel pour compenser la baisse d’activité due au confinement. Ce pourcentage monte à 95% pour les start-up qui sont en situation de trésorerie tendue. En moyenne, ce chômage partiel concerne 60% des effectifs. Environ 15% des start-up ont choisi d’aller jusqu’à un arrêt complet de l’activité avec 100% des salariés en chômage partiel. C’est le cas notamment pour une partie du secteur de l’événementiel.

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Comparativement, le gel des embauches n’a été mis en place que par une moitié des sondés, et un autre tiers a freiné les recrutements sans pour autant les stopper complètement. Enfin, dans le petit groupe des gagnants du confinement, comme on pouvait s’y attendre, les embauches ont au contraire été accélérées. 

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Une proportion similaire de start-up prévoit un plan de réduction des coûts. Ce plan est en général assez drastique. 83% des sondés prévoient une baisse de coûts supérieure à 10%; et pour un quart d’entre eux, cela monte à plus de 30% de leurs coûts prévisionnels.

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Le montant de la baisse des coûts est corrélé avec la situation de trésorerie de l’entreprise, mais pas autant qu’on pourrait s’y attendre. Un tiers des start-up qui ont décidé d’une réduction de coûts de plus de 30% ont pourtant plus de 12 mois de cash devant elles. A contrario, plus de la moitié des start-up qui ont moins de 6 mois de trésorerie devant elles n’ont pas encore mis en place de plan de réduction de coûts ou celui-ci ne concerne que moins de 10% de la base de coûts. Cela illustre de gros écarts parmi les entrepreneurs dans la sensibilité aux risques de crise de trésorerie.

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Pas D'URGENCE sur les licenciements

Dans les entreprises traditionnelles, lorsque l’on pense réductions de coûts, il vient immédiatement à l’esprit d’engager un plan de licenciements. Pourtant celui-ci n’a été mis en place ou n’est envisagé que par 20% des sondés. A noter que pour ceux qui l’ont déjà implémenté, cela concerne en moyenne 15% des effectifs.

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Parmi les start-up qui ont prévu de diminuer leurs coûts de 10% ou plus, seulement un quart ont mis en place ou envisagent un plan de licenciement. Même pour les start-up qui ont prévu une réduction drastique de plus de 30% de leurs coûts, seulement 40% d’entre elles envisagent un volet licenciements, et un autre quart ne sait pas encore si cela sera nécessaire.

Lorsque l’on sait que la masse salariale est de très loin le premier poste de coûts de la plupart des start-up, l’écart entre les faibles licenciements envisagés et les fortes réductions de coûts a, à première vue, de quoi surprendre. Mais il faut se rappeler qu’en période d’hyper-croissance, une grande partie de la base de coûts provient en fait des recrutements de l’année en cours. Si ceux-ci sont freinés, voir gelés, cela peut déjà avoir un impact mécanique important sur les coûts, sans forcément nécessiter d’aller jusqu’à un plan de licenciements toujours traumatisant pour les employés.

Cela dit, 40% des start-up qui anticipent une baisse de leur chiffre d’affaires en 2020 ne prévoient pas pour l’instant de licenciements. L’étude n’a pas permis de pousser plus loin l’analyse sur ces cas précis.

Bien gérer le timing de sa prochaine levée de fonds

Étant bien financées, la moitié des start-up du Galion ne prévoient pas de faire de levée de fonds dans un futur proche.

Pour l’autre moitié qui va avoir besoin de s’y soumettre plus ou moins rapidement, se pose la question délicate du timing. Parmi ces dernières, les trois-quarts sont plutôt attentistes et pensent qu’il est plutôt préférable de retarder le timing de leur levée. Le quart restant considère au contraire qu’il est plus judicieux d’essayer d’accélérer le calendrier.

Il est intéressant de rapprocher ces différentes tactiques avec la perception de chaque Galion sur la vitesse de sortie de crise pour son business. De manière générale, les Galions sont plutôt optimistes, puisque seuls 15% estiment que la reprise de leur activité ne se fera pas avant 2021. Un tiers pense même que cette reprise se fera dans moins de 3 mois. Si maintenant on croise avec la tactique sur les levées de fond, on a des résultats assez contrastés :

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On voit que les optimistes qui pensent que leur activité va vite reprendre ont tendance à vouloir accélérer leur levée de fonds, tandis que les pessimistes, qui anticipent une longue traversée du désert, sont plutôt enclins à ralentir le timing de leur levée et à faire le le dos rond en attendant d’être dans une meilleure position de négociation.

Parmi les pessimistes sur la reprise, il existe quand même une grosse minorité d’entrepreneurs qui, certainement par prudence, estiment au contraire qu’il faut vite prendre l’argent tant qu’il est encore disponible et que ce sera d’autant plus appréciable si la crise se prolonge durablement.

Une crise pleine d’opportunités à moyen terme

Il est très encourageant de voir que les entrepreneurs du Galion sont fondamentalement plutôt optimistes. Une grosse moitié pense que pour 2021 et au-delà, cette crise est une opportunité pour accélérer leur business. L’autre moitié se répartit quasi équitablement entre ceux qui n’y voient finalement qu’un événement ponctuel sans incidence à long terme sur leur activité et ceux qui perçoivent cette crise comme un coup de frein durable à leur business. Il est intéressant de noter qu’il n’y a pas de corrélation entre cette perception et la prévision de reprise d’activité en fin de confinement, le secteur d’activité ou la situation de trésorerie de l’entrepreneur.

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Lorsque l’on se projette sur le moyen terme, la personnalité de l’entrepreneur joue certainement un rôle important dans la manière d’envisager l’avenir. Cela dit, le stade de développement est aussi un élément majeur. Ceux qui voient dans cette crise des opportunités pour 2021 et au-delà sont très majoritairement des start-up early stage (Seed ou Series A). A mesure que l’on progresse en maturité d’entreprise, la capacité à profiter de cette crise pour accélérer sa future activité devient moins évidente.

Parmi ceux qui voient dans cette crise une opportunité à moyen et long terme, la raison de loin la plus citée par 85% des répondants est une évolution des usages favorable à leur métier. Tout le monde sent bien que le monde de demain ne ressemblera pas à celui d’hier. Cette expérience géante de confinement forcé et les mesures de distanciation sociales qui se mettent en place vont laisser des marques profondes. Les Galions font le pari que le choc des usages, lié à cette expérience inédite de grande ampleur, devrait accélérer la transition numérique de beaucoup d’industries.

Deux autres avantages plus tactiques sont aussi cités comme favorables à moyen terme aux survivants à la crise. Pour 45% des Galions, la récession qui s’annonce devrait permettre de booster un facteur clé de succès pour les start-up en hyper-croissance : l’accès aux talents. Autre opportunité quasiment autant citée : la disparition à venir de concurrents qui ne sauront pas faire preuve de la discipline nécessaire pour passer la tourmente. Avec la baisse prévisible des valorisations, cela est aussi vu de manière opportuniste comme ouvrant la possibilité de racheter un compétiteur à des conditions beaucoup plus attractives qu’avant la crise.

En revanche, la possibilité de profiter de la récession pour renégocier des meilleures conditions avec ses fournisseurs est vue comme un avantage relativement marginal et n’est citée que par 15% des participants. Et pourtant, si la récession se confirme, on espère bien que certains cauchemars des start-up, comme la location de bureaux, pourront redevenir nettement plus accessibles !

En conclusion, selon leur secteur d’activité, leur sensibilité au risque et leur stade de développement, cette crise a des conséquences très contrastées pour les Galions. Il est bien sûr encore trop tôt pour avoir une appréciation fiable de la profondeur de la crise qu’on traverse. En revanche, il semble déjà acquis que plus rien ne sera comme avant. Ce gros coup d’accélérateur sur l’avenir recèle toutes sortes d’opportunités pour ceux qui sauront les saisir.


Cet article s'inscrit dans une série de publications qui répondent aux problématiques que pose la crise sanitaire. Comme pour chaque contenu publié par le Galion, il est le fruit des retours d'expérience des entrepreneurs de sa communauté.

Cette publication est chaudement recommandée par la Mission French Tech. 

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